De sentier à autoroute

Posted: 6 janvier 2012 in Les mots
 Billet paru en décembre 2011 sur le site du journal le Mouton Noir
Déboisement fait au Nord de la Maison la Source au 2e rang de Trois-Pistoles pour la construction de la nouvelle 20. Photo : sebriouxDéboisement fait au Nord de la Maison la Source au 2e rang de Trois-Pistoles pour la construction de la nouvelle 20. Photo : sebrioux

L’humain a, depuis le début des temps, eu besoin de se déplacer, principalement pour se nourrir.  Depuis les toutes premières « trails », les toutes petites routes de terre, de bois, de briques ou de pierres, l’évolution des différents modes de transport a forcé la transformation des premiers sentiers. Malheureusement, le but de  l’expansion du réseau routier a été bien trop souvent dirigé par le désir du développement commercial au détriment de l’humain. En effet, que l’on demeure en ville ou à la campagne, le développement du système routier privilégie de loin l’utilisation de l’automobile et a fait passer en arrière-plan tous les autres moyens de transport, y compris la marche.

La « société de droits » dans laquelle nous vivons  donne le droit de se promener seul dans son véhicule,  de construire des infrastructures qui rapportent plus aux entrepreneurs et aux firmes d’ingénieurs qu’aux citoyens. Elle donne le droit d’exproprier le propriétaire d’une érablière pour y faire passer une autoroute, de faire circuler des milliers de camions pour le transport de la marchandise. Elle donne le droit de ne pas chercher plus loin que le bout de son nez pour le développement responsable du transport. En bout de ligne, c’est cette même société qui doit absorber les coûts inhérents reliés aux droits donnés, soient les coûts d’entretien et de réparation des routes, les coûts reliés aux transports des biens essentiels et aux problèmes de santé occasionnés par ces mêmes transports. D’ailleurs, selon Transport Canada, la pollution atmosphérique coûterait 1,3 G$/an au Québec, dont 97 % liés à la santé (2007).

Le mot « route » dérive du latin rupta, littéralement « voie brisée », c’est-à-dire creusée dans la roche, pour ouvrir le chemin.
Wikipedia


Le gouvernement du Québec pourrait s’asseoir avec les représentants de toutes les régions et élaborer une stratégie de réseau de transport à long terme. Cette stratégie  permettrait d’arrêter le travail par segments qui ne tient pas compte de  l’ensemble de la province et de nos voisins frontaliers. Les transports conventionnels fonctionnant aux hydrocarbures étant voués à disparaître, nous devons préparer le terrain dès maintenant. Une diversification des moyens de transport conçue dans la complémentarité permettrait une efficacité accrue de nos déplacements personnels et de marchandise.

Selon Transport Canada, en 2011, 70 % de la marchandise au Canada transite par le train, mais la majorité de celle-ci est destinée à l’exportation et à l’importation plutôt qu’à la  livraison inter-régionale. Le train est donc un moyen de transport sous-utilisé qui permet pourtant le transport de la marchandise dans les régions sans abîmer le réseau routier qui, ne nous le cachons pas, est en piètre état. Dans cette perspective, la  Suisse a entamé depuis quelques années une transition du transport de la marchandise de la route vers le chemin de fer. Leur politique de transport vise à exercer ce transfert lorsque cela est possible et judicieux. Bien souvent, il arrive qu’un camion de marchandise devant traverser la Suisse soit transféré sur un wagon pour être remis sur la route, une fois sorti du pays. Depuis 2010, la France et l’Espagne ont développé le transport par voie fluviale. Leur  « route de la mer »permettra à long terme de transporter[1] 100 000 poids lourds par année par bateau, diminuant ainsi les émissions de gaz à effet de serre (GES) et l’usure des routes. Sans un plan stratégique responsable, le réseau routier québécois est voué à son expression la plus simple et à l’inefficacité. Avec le prolongement de l’autoroute 20 dans l’Est-du-Québec, le gouvernement se dirige vers  un cercle sans fin de réparations et d’entretien qui deviendra à long terme un gouffre financier pour les contribuables. Cet argent pourrait être investi dans les infrastructures actuelles plutôt que dans les nouvelles. Par ailleurs, dans un sondage du journal La Presse du 18 octobre dernier, 72 % des Québécois ont répondu oui à la question suivante : « Devrait-on cesser de construire de nouvelles autoroutes pour se concentrer sur la réfection des infrastructures existantes et les transports en commun? »L’Est-du-Québec aurait donc tout avantage à mettre de l’avant un plan de réduction du passage des camions lourds pour la marchandise et à transférer celle-ci aux réseaux ferroviaire et maritime. Cela permettrait entre autres de libérer les routes déjà existantes et d’en faciliter leur entretien et leur amélioration.

Aux États-Unis, le coût annuel relié aux mauvais états
des routes est de 400 $ par automobiliste.
American Association of State Highway and Transportation Officials

Le progrès ne devrait pas viser le fait de faciliter l’usage de l’automobile et d’en augmenter son utilisation. Avec les nouvelles technologies souvent sous-utilisées, c’est vers une toute nouvelle vision du transport que nous devons nous tourner : sa diversification. L’idée du monorail suspendu Trens-Québec (Transport Rapide Électrique National Suspendu) est un très bel exemple d’un projet élaboré en symbiose avec l’environnement. Plusieurs inventeurs, ingénieurs et innovateurs de qualité ne demandent qu’à participer au développement responsable du Québec. Il est grand temps de sortir de l’idée simpliste d’une même route pour tout transport, tel que nous la développons présentement.

Article paru dans le journal «La Rumeur du Loup» – juillet 2011


Voilà maintenant neuf ans que trois jeunes hommes du coin ont eu l’idée d’apporter à la région
de Trois-Pistoles un nouveau souffle de développement basé sur les principes de durabilité et
de responsabilité. Je me souviendrai toujours de cette soirée de novembre 2002 au tipi, sur
la crête rocheuse surplombant la rivière. Ce projet venait proposer une alternative à celui de
minicentrale hydroélectrique sur la rivière Trois-Pistoles. Toute bataille contre un développement
qui n’entre pas dans une optique de justice sociale et écologique se doit d’être faite en proposant
une alternative, du moins une idée valable. Nous nous battions pour une rivière en santé, pour
la conservation du milieu dans laquelle elle circule et pour empêcher un désastre écologique de
se produire au nom de la supposée croissance économique. Nous ne voulions pas d’un projet
qui allait être mis aux oubliettes après la durée de vie utile des infrastructures. Nous voulions un
projet qui allait donner espoir à nos enfants quant à leur avenir et celle de leur région. L’idée a
mijoté, l’équipe s’est formée et un an plus tard soit en 2003, le premier festival environnemental
au Québec voyait le jour à Trois-Pistoles.

Depuis 9 ans déjà que l’objectif d’Échofête de sensibiliser et d’informer sur les enjeux
environnementaux se fait sentir dans la région des Basques. L’organisme environnemental
Mandaterre qui présente l’événement se veut un organisme voué à la diffusion des enjeux
environnementaux régionaux, à l’éducation sur ces problématiques et à y trouver des solutions
viables. La thématique du festival de cette année, «Générations futures», permet de concrétiser
ce travail, de démontrer que la protection de notre environnement est une affaire de tous et
toutes et que l’avenir de nos enfants en dépend. Le travail acharné de dizaines d’organisateurs
bénévoles a permis depuis toutes ces années d’assurer la pérennité de ce projet qui tout compte
fait, crée plus d’emploi et de retombées économiques que le projet de barrage initial arrêté en
2002. Nous évaluons les retombées économiques du festival à plus de 250 000 $ par année. Le
barrage devait en apporter 25 000 $. Faites le calcul. Cela ne prend pas un diplôme en économie
pour se rendre compte que notre projet était le bon. Tout ça, en ayant en tête le développement
durable de notre région.

Depuis la première édition en 2003, près de cinquante-mille personnes de l’extérieur de la
région se sont déplacées pour venir au festival et ainsi découvrir ou redécouvrir une partie
du Bas-Saint-Laurent. Qu’ils soient des Îles-de-la-Madeleine, de Chicoutimi, de Montréal ou
de la région limitrophe, les festivaliers repartent avec l’idée de revenir et d’en parler à leurs
proches. L’événement offre un terrain de discussions et de débats d’idées véritables. Les
différentes thématiques abordées par le festival depuis sa fondation ont survolé les grands
enjeux environnementaux de notre siècle; l’eau, la forêt, la santé et le plein air, les changements

climatiques, l’écocitoyenneté, les énergies de l’avenir, fleuve et rivières, la souveraineté
alimentaire et l’an dernier, les énergies de l’avenir. Année après année, les valeurs de
développement durable et responsable sont abordées, discutées et véhiculées à travers le
festival. Les valeurs capitalistes ont prouvé leur incompétence à régler les grands problèmes de
société et sont plutôt devenues la source même de l’appauvrissement de l’humain. Et lorsque je
parle d’appauvrissement, je ne parle pas nécessairement pécuniaire. Ces valeurs doivent être
remplacées par un mode de vie où la croissance et la valorisation ne se caractérisent non pas
par la richesse monétaire, mais par la richesse sociale.

Échofête ne se veut pas moralisateur, mais prêche par l’exemple en posant les gestes concrets
pour la viabilité de la planète et de ses habitants. Que l’on parle de vaisselle réutilisable,
d’articles promotionnels éco-responsables ( le t-shirt d’Échofête est fait au Québec à partir
de coton biologique et d’encres naturelles), d’un service de restauration offrant des produits
biologiques et locaux ou de l’implantation de la collecte à trois voies sur notre site, Échofête
se veut un précurseur en la matière dans la région. Prenons seulement comme exemple la
fameuse chope qui permet d’éliminer l’utilisation de plusieurs milliers de verres de plastiques
annuellement et qui maintenant, fait sont apparition un peu partout dans divers événements. Un
autre exemple : le jardin intergénérationnel à Trois-Pistoles qui démontre encore une fois que
Mandaterre/Échofête croit à l’implication locale pour un rayonnement et un impact qui dépasse
nos frontières. Le bon travail mène à des récompenses et c’est un Phénix de l’environnement en
2005 et un grand prix du tourisme en 2007 qui a coulé dans le béton l’accomplissement notable
de l’événement.

Dans le contexte environnemental et économique actuel du Québec, nous ne pouvions passer
sous silence l’implication de nos choix et gestes d’aujourd’hui sur les générations futures.
L’équipe du festival a décidé cette année d’aborder cette thématique en cherchant à rassembler
des festivaliers de tous les âges. Vous n’êtes pas sans connaître la polémique que cause la
volonté de nos dirigeants de notre gouvernement et de l’industrie à exploiter les hydrocarbures
au Québec, notamment le gaz de schiste. Une énergie sale qui compromet sérieusement l’avenir
de nos enfants, eux qui devront payer pendant de nombreuses années les bavures commises
par nous, les protagonistes de la société actuelle. L’édition 2011 du festival se penchera entre
autres sur cette problématique et tentera d’apporter à travers différents ateliers, conférences
et discussions, des alternatives concrètes au développement anarcho-capitaliste que nous
connaissons présentement. Les jeunes et les moins jeunes se lèvent pour sonner l’alarme,
car leur avenir en dépend. Nous avons d’ailleurs la chance d’avoir M. Dominic Champagne,
célèbre auteur et metteur en scène comme président d’honneur. M. Champagne s’implique
activement dans la mobilisation contre le gaz de schiste au Québec et viendra nous présenter
une conférence forte intéressante intitulée « WO! Gaz de schiste », les précautions à prendre devant l’industrie.

Le festival Échofête se veut une plaque tournante pour de nombreuses discussions
environnementales et sociales, mais également un endroit de rêve pour se divertir lors des
nombreux spectacles de qualité. Cette année encore, la programmation se veut exceptionnelle.
Il ne faut nommer que Mononc’Serge, Galaxie, Loco Locass, Élage Diouf ou Laurence Jalbert
pour comprendre qu’encore une fois, l’équipe du festival a mis le paquet pour avoir une
programmation musicale haute en couleur et en énergie. Ajouté à plusieurs activités pour les tout
petits, les jeunes et moins jeunes, l’expérience d’Échofête se veut enrichissante et divertissante
pour toute la famille. Pour connaître la programmation complète de cette neuvième édition,
visitez le site internet au www.echofete.ca ou abonnez-vous à notre groupe Facebook. Je vous
invite personnellement à vous joindre à nous avec vos amis, vos parents, vos enfants, pour une
fois pour toute, faire un geste concret pour les générations futures.